Le miracle economique shanghaien attire évidemment de nombreux Chinois d'autres provinces en quête d'une meilleure qualité de vie. La
plupart d'entre eux viennent des provinces voisines: Jiangsu au Nord, Anhui a l'Ouest et Zhejiang au Sud. Néanmoins, on trouve des Chinois venant de tout le pays à Shanghai et tous n'ont pas
un emploi. En effet, l'exode rural fut si important ces dernières années que le nombre d'emplois disponibles fut très loin de pouvoir combler cette arrivée massive venue des
campagnes.
De plus ces migrants sont peu qualifiés et sont donc renvoyés dans les industries situées dans la banlieue. La plupart des emplois pour migrants se
situent ainsi dans les villes connexes formant l'agglomération et comprenant pour la plupart de grandes zones industrielles. Textiles, mâchines diverses, automobiles et autres types
d'industries constituent une part importante de l'activité economique de Shanghai. Le secteur tertiaire est quant à lui concentré dans la ville même. C'est également le
cas pour les bureaux.
Cette séparation des classes (classe ouvrière dans la banlieue et cadres et patrons dans la ville) est vraiment visible ici, d'autant plus visible si on essaye de se
rendre dans les differentes villes de banlieue sans passer par Shanghai. Certaines zones sont tres pauvres et rappellent la Chine de l'interieur des terres ou les industries datent de
l'époque où le système économique communiste était encore appliqué. Par certains endroits, c'est presque Germinal. Je me rappelle avoir eu le même commentaire que mon ami Baptiste, lui
aussi sur Shanghai, la première fois que j'ai effectué le trajet Qingpu-Songjiang en bus: "C'est la zone ici!". Et pourtant croyez-moi que nous en avons vu d'autres!
Mais il serait trop simple de dire que tous les migrants et les ouvriers sont concentrés dans les villes connexes à Shanghai. La grande ville de
Shanghai connait également son lot de pauvreté. Ainsi, il n'est pas rare de croiser des mendiants ou des clochards qui, dans l'indifférence de la population, essaient malgré tout de
subsister en réclamant quelques yuans. Si vous arpentez les grandes rues shanghaiennes et que vous vous détournez des vitrines des grands magasins, alors peut-être remarquerez vous que les
gens fouillant les poubelles ne sont pas l'apanage de quelques marginaux. Ceci est d'autant plus révoltant que dans la même rue, vous croiserez des hommes d'affaires et nombre de belles
berlines voire des Porsches. Alors là vous comprendrez que tout ce modernisme, cette luxure n'est rendue possible que par l'exploitation des migrants venus des autres
provinces.
Shanghai ne doit sa prosperité que par ses produits qui inondent les marchés du monde en raison de leur faible coût. Ce faible coût est permis par
l'exploitation de la main d'oeuvre qui n'est payé qu'entre 1000 et 2000 yuans par mois, insuffisant pour vivre dans la grande métropole et même en banlieue. Ainsi, bon nombre de travailleurs
ont un deuxieme job à mi-temps servant à renflouer la maigre paye du mois.
Ce deuxième emploi est souvent caché par les travailleurs pour "sauver la face" certes mais surtout pour éviter de se faire virer par leur entreprise qui trouverait
alors un reproche idéal pour les mettre à la porte. Nombre de mes collègues Chinois m'ont fortement conseillé de cacher mon emploi à mi-temps de prof d'anglais. Quand je leur est demandé
pourquoi, ils m'ont répondu qu'en Chine, ce n'est pas bon pour toi si ton manager sait que tu as un deuxième emploi et il peut se servir de ça pour te mettre à la porte. Car il n'y a pas non plus
de protection du travail ici. Les migrants qui ne sont pas souvent dans la légalité (car dans certaines zones de Chine, il faut un permis de résidence) sont alors à la merci de ceux qui les
emploient.
C'est un véritable esclavagisme moderne ou libéralisme économique, appelez ça comme vous voulez! Quoiqu'il en soit cette situation n'est malheureusement pas réservée à la
seule ville de Shanghai mais semble être aussi présente à plus ou moins grande échelle dans les autres grandes villes du pays.
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